Mastodontes économiques, des entreprises comme Total, la SNCF ou encore Naval Group font appel à des prestataires en pointe dans leur domaine respectif. Une collaboration nécessaire qui permet aux grandes entreprises de bénéficier de services d’une qualité inégalable. Ce type de collaboration occupe une part importante de l’économie même s’il reste souvent en dehors des radars médiatiques.


Quand les multinationales font appel au savoir-faire des PME
« On a souvent besoin d’un plus petit que soi ». L’adage de La Fontaine s’applique parfaitement au monde des entreprises. Les grands groupes multinationaux s’appuient le plus souvent sur un écosystème de PME, qui leur apportent notamment des compétences spécifiques. C’est le cas par exemple de Total, la « super-major » du pétrole et du gaz, présente dans plus de 130 pays et employant plus de 100 000 salariés dans le monde. En France ou à l’étranger, sur ses sites industriels ou commerciaux, Total travaille avec de nombreuses PME, qui contribuent à ses activités. Pour accompagner le développement de certaines d’entre elles, le groupe a même créé un programme baptisé « Total Pool PME ».
 
Roboplanet détecte pour Total la corrosion des cuves de pétrole
 
« Pouvoir compter sur un fournisseur fiable qui nous connaît et construire une vraie relation de confiance, c’est important, mais l’agilité d’une PME qui a su innover, ça nous bouscule et nous fait progresser », explique à ce propos Isabelle Patrier, directrice de Total Développement Régional. « Les PME françaises sont souvent au cœur de l’innovation et nous apportent des solutions pertinentes pour certains de nos besoins », confirme Christophe Sassolas, directeur de Total Global Procurement, l’entité en charge des achats du groupe.
 
La société nantaise Roboplanet fait partie de ces PME de pointe. Elle est spécialisée dans la construction et la commercialisation de robots qui parcourent les parois métalliques afin de détecter les fuites ou la corrosion sur les navires, les sites industriels et pétrochimiques. La raffinerie Total de Donges a d’ailleurs été l’un des premiers sites industriels à tester le nouveau robot « Altiscan » pour le contrôle de ses réservoirs de stockage. Ce « robot-sondeur magnétique » est une sorte de petit buggy, équipé de caméras et de capteurs sur bras mobiles, qui se promène le long des parois métalliques afin de détecter la corrosion, les fissures et autres irrégularités des cuves de pétrole ou des coques de bateaux. Il a la capacité de réaliser des interventions à plusieurs dizaines de mètres sans nacelle ni échafaudage.
 
Roboplanet veut aller à l’exportation pour capter le marché pétrolier. A cette fin, l’entreprise a obtenu de BPI France une aide de 100 000 euros, qui lui permettra aussi de muscler sa R&D et ses effectifs. La société nantaise a également signé une convention avec Airbus Group Développement, pour lever des verrous technologiques. Elle a aussi travaillé avec STX France sur un robot vérifiant l’épaisseur des peintures. La PME est convaincue que de nouvelles applications, encore insoupçonnées, naîtront de nouveaux partenariats industriels.
 
DI Environnement dépollue et désamiante les trains corail de la SNCF
 
Cet exemple n’est pas isolé : dans tous les secteurs économiques, les grandes entreprises font appel à des PME pour les aider à réaliser leurs projets. C’est notamment le cas du groupe belge Etex, acteur mondial des matériaux de construction (fibre ciment, gypse, plâtre) et pionnier en matière de solutions de construction légères… Ou encore du groupe franco-belge Solvay, « pure player » de la chimie de spécialités. Pour développer leurs activités, ces géants s’appuient sur des PME spécialisées, soigneusement sélectionnées.

C’est vrai également, par exemple, dans le domaine de la dépollution et du désamiantage, un métier exigeant une forte expertise. Pour mener à bien ces opérations complexes et délicates, dans le strict respect de la réglementation et des contraintes de sécurité, les grands groupes, comme la SNCF ou les majors du BTP, font appel à des spécialistes. A des entreprises dotées des certifications, de l’expérience, des moyens techniques et humains et de la capacité d’adaptation et d’innovation nécessaires pour réaliser ces chantiers. Des sociétés comme DI Environnement, une PME de 450 salariés basée à Montélimar mais implantée dans toute la France via une dizaine d’agences, et qui a su s’imposer depuis 25 ans comme un acteur majeur de la dépollution et du désamiantage sur le marché français.
 
A tel point que SNCF  a confié à cette entreprise réactive et innovante le désamiantage de la station Saint-Michel-Notre-Dame du RER C, à Paris, en 2018. Une opération d’envergure portant sur une surface totale de 4 000 m² et nécessitant la mobilisation de 70 opérateurs. Plus récemment, cette même entreprise familiale drômoise a également été choisie par la SNCF pour dépolluer et déconstruire 1 300 voitures Corail désaffectées. Pour réaliser ce contrat d’une durée de 11 ans, DI Environnement va investir 10 millions d’euros et créer une quarantaine d’emplois dans le futur centre de démantèlement ferroviaire de Chalindrey, en Haute-Marne. D’une superficie de 6 000 m² et  recouverte de panneaux photovoltaïques, cette nouvelle usine traitera en rythme de croisière 150 voitures par an.
 
Le traitement de l’amiante sera réalisé selon un processus innovant, par grenaillage, dans des cabines de très grandes dimensions et en utilisant des robots, spécialement conçus pour cet usage. Entre 300 et 400 kg d’amiante seront ainsi retirés de chaque voiture ferroviaire. Et ensuite, tous les matériaux de construction des voitures seront séparés et triés afin d’être évacués dans des filières de recyclage spécialisées. Le taux de valorisation atteindra ainsi 97 %. Aussi, DI Environnement voit plus loin en ciblant déjà d’autres matériels, notamment militaires, et équipements industriels à dépolluer et traiter dans cette “usine du futur”.
 
La PME cherbourgeoise Fiva participe à l’ingénierie de Naval Group
 
Dans l’industrie navale de défense, Naval Group (l’ex-DCNS), détenu par l’Etat et Thales, s’appuie également sur un réseau de PME spécialisées comme la société d’ingénierie Fiva. Créée il y a 25 ans à Cherbourg, cette PME ne cesse depuis de se développer, gagnant la confiance de grands donneurs d’ordre comme Naval Group, mais aussi EDF et Orano (ex-Areva).
 
Elle emploie près de 300 salariés, dont un peu moins de 200 dans la Manche, une petite centaine en Espagne et désormais une quarantaine en Australie. Pour se renforcer dans son domaine de l’ingénierie de défense, Fiva vient en effet de racheter deux sociétés basées près d’Adéllaïde, dans le sud du pays : Cadgile, spécialisée dans la conception assistée par ordinateur, et Kadego, experte en nouvelles technologies. Dans le sillage de Naval Group qui a remporté dans ce pays une commande de sous-marins, la PME cherbourgeoise se met en ordre de marche pour profiter du boom de la construction navale dans ce pays.
 
La PME réalise des prestations d’ingénierie technique et de support pour la construction, l’exploitation, la maintenance et le démantèlement de projets industriels. Depuis 25 ans, elle s’est spécialisée dans les secteurs du naval, de la défense, de l’énergie et de l’environnement. Son savoir-faire et ses compétences s’illustrent notamment dans des réalisations complexes telles que les sous-marins à propulsion conventionnelle ou nucléaire, les bâtiments de surface (porte-avions, frégates, corvettes, etc.) et les équipements de défense. Un exemple supplémentaire de ces PME pointues dont les grandes entreprises multinationales ne pourraient se passer.
 
La technicité des métiers, la flexibilité, le besoin perpétuel d’innovation font des PME des acteurs indispensables de l’économie et de la bonne marche des sociétés multinationales. Une réalité économique trop souvent mal comprise et que la crise de la Covid-19 a au moins eu le mérite de remettre sur les radars médiatiques.







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