Les Stratégies




Vendredi 23 Août 2013

Chef de file de l'industrie de l'électricité en Europe du Nord, Vattenfall se trouve quelque peu en difficulté, la faute à des contraintes commerciales, politiques, écologiques et technologiques en pleine révolution. Ses dirigeants se sont alors mis à étudier diverses pistes, vouées à changer radicalement le business modèle de la firme.


Vattenfall en plein redéploiement stratégique
Une nouvelle donne énergétique

Huit ans à peine après l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto, les industriels de l'électricité commencent à peine à mesurer pleinement l'impact du traité international sur leurs activités. Vattenfall, le leader du secteur en Europe du Nord, ne fait pas figure d'exception. L'entreprise, dont l'essentiel de la production résulte de l'énergie fossile, dépasse chaque année son quota de pollution et doit acheter des crédits-carbone supplémentaires au prix fort. Cette situation, à l'origine jugée peu gênante par les dirigeants du groupe, commence sérieusement à en agacer plus d'un, à commencer par la Suède, son actionnaire unique. Le dernier nommé souhaite dépoussiérer totalement le fonctionnement même de l'appareil de production et de distribution de Vattenfall, quitte à se tourner vers des alternatives technologiques encore peu maîtrisées. Les contraintes écologiques ne sont pas les seules à pousser les dirigeants de la firme dans ce sens. L'entreprise de la « chute d'eau » se heurte également à plusieurs aléas économiques, entre autres la stagnation du prix de l'électricité, la surproduction et le ralentissement des demandes à l'échelle européenne. Un défi de taille se pose dès lors. La compagnie doit se conformer aux obligations environnementales et écologiques de l'Union européenne, son propriétaire – en l'occurrence le Royaume de Suède – s'étant engagé à respecter tous les accords liés au protocole de Kyoto. Se plier aux exigences du traité implique toutefois des investissements et des dépenses supplémentaires, à une époque où la trésorerie du groupe pâtit de la faible dynamique du marché de l'électricité.

Priorité aux énergies renouvelables

Vattenfall ne tarde pas à mettre sur pied une stratégie en ligne avec les exigences de l'Union et les nouvelles aspirations des consommateurs. Après quelques mois de réflexion, les dirigeants du groupe suédois reconnaissent volontiers l'électricité produite à partir de ressources renouvelables comme l'avenir du secteur. Outre la taxe carbone, un événement majeur impacte énormément l'activité de la firme suédoise. Cet incident, ou plutôt catastrophe, s'est produit un 11 mars 2011. Ce jour-là, la centrale de Fukushima cède sous la force des vagues d'un puissant tsunami et laisse échapper des millions de particules radioactives dans l'air. La dangerosité de l'atome revient comme subitement dans la mémoire de tous, y compris celle de certains chefs d'État qui ordonnent immédiatement l'arrêt de dizaines de dispositifs à travers le monde. L'Allemagne réagit de façon radicale à l'accident : le pays entérine l'abandon définitif du nucléaire à l'horizon 2020. La décision allemande n'est pas sans conséquence sur l'activité de plusieurs sociétés, parmi lesquelles figure Vattenfall. Cette dernière assure en effet pas moins de 7,2 % de la production d'énergie nucléaire outre-Rhin. La firme suédoise décide dès lors d'accélérer son basculement vers les méthodes de production plus propres et moins risquées, afin de conserver ses parts de marché dans une Europe de plus en plus exigeante. Sa candidature à l'immense projet français de barrages hydroélectriques, l'accroissement de son parc éolien offshore et ses études poussées dans la géothermie vont dans ce sens. À terme, le groupe compte réduire son empreinte carbone à 65 millions de tonnes d'ici 2020.
 
La réduction des coûts, gage de compétitivité

Les investissements massifs de Vattenfall exigent logiquement des contreparties de diverses natures, notamment financières et humaines. Le groupe envisage de ce fait de réduire significativement ses effectifs dans les prochaines années. Le plan dévoilé en mars 2013 parle notamment de la suppression de quelque 2 500 postes à l'horizon 2014, une part qui représente grosso modo 7,6 % de son salariat. Oeystein Loeseth, directeur général de la firme, a déjà engagé des discussions avec les représentants du personnel pour mieux aborder cette phase de transition. Les licenciements concerneront surtout les employés basés en Allemagne, où ils seront 1500 à quitter l'entreprise. Les antennes de la firme aux Pays-Bas et en Suède verront leur personnel diminuer respectivement de 500 et 400 individus. 50 autres postes seront supprimés à l'international. Vattenfall espère réaliser environ 540 millions d'euros d'économie grâce à cette réduction de voilure. La somme ainsi capitalisée devrait être réinvestie dans les projets de recherche et les travaux en cours de réalisation dans le domaine des énergies vertes. Le géant suédois fera ainsi d'une pierre deux coups : les économies réalisées lui permettront de développer idéalement ses infrastructures d'électricité propre et de s'aligner en même temps sur une concurrence des plus féroces. Vattenfall optimise en même temps ses coûts de production, du fait de la baisse logique des charges et frais sociaux du personnel.