Les Stratégies




Lundi 22 Mai 2017

Le mouvement coopératif joue aujourd’hui un rôle moteur dans notre économie. Son modèle de gouvernance et de développement raisonné, comme son appétence pour la responsabilité sociale et l’engagement citoyen n’y sont probablement pas étrangers. Explications.


ESS : les coopératives caracolent en tête
Le concept d'économie sociale et solidaire (ESS) désigne un ensemble d'entreprises organisées sous forme de coopératives, mutuelles, associations, ou fondations, dont le fonctionnement interne et les activités sont fondés sur un principe de solidarité et d'utilité sociale. L'ESS emploie 2,39 millions de salariés en France, soit 12,7% de l'emploi privé (1). L’élément moteur est le secteur Coopératif. Environ 25 800 structures coopératives sont déployées sur le territoire français, principalement dans l’Agriculture, les activités financières et l’assurance, le commerce, les transports. Elles emploient plus de 300 000 salariés. (2) Dans le monde les 300 plus grandes coopératives accumulent même un chiffre d'affaires équivalent au PIB du Brésil, et la France est la deuxième économie coopérative mondiale. (3) En 2013 un sommet international du mouvement coopératif s’est d’ailleurs tenu à Québec et réunissait pas moins de 3000 participants venus de 93 pays différents.

Les coopératives jouent de leurs atouts juridiques et opérationnels pour s’affirmer

Dans le tertiaire par exemple, la plus grande différence entre un système de franchise et une coopérative, c'est le management de la tête de réseau. Le premier système est vertical tandis que l’autre est horizontal et offre aux membres un réel pouvoir. Dans une coopérative, le pouvoir est équitablement réparti : un homme = une voix. Il s'agit d'un système démocratique et engageant. Il est important de noter que cette distinction existe de façon générale, mais pas absolue. Certains groupes peuvent combiner parfois les deux systèmes. Le modèle coopératif présente de nombreux atouts : d'abord, la société n'est pas cotée en Bourse et ne subit donc pas de pression quant aux dividendes à verser aux actionnaires. Deuxièmement, une coopérative constitue des réserves impartageables qui renforcent ses fonds propres et contribuent à la pérennité de l'entreprise. Troisièmement ses membres, qui possèdent une part de l'entreprise, sont plus impliqués dans la stratégie de l'entreprise. 

Les coopératives, des compétiteurs de plus en plus redoutables pour les entreprises privées.

Les entreprises coopératives sont présentes dans tous les secteurs d’activité et affichent globalement une excellente santé, avec un chiffre d’affaire cumulé de plus de 298 milliards d’euros en 2012, en hausse de 15 % depuis 2008. Coop FR, l’organisation représentative du mouvement coopératif français, publie chaque année son panorama des 100 plus grandes coopératives de France. Trente entreprises de ce classement réalisent un chiffre d'affaires supérieur à un milliard d'euros et cinq d’entre elles affichent même un chiffre d'affaires supérieur à 10 milliards d’euros. Il s'agit de E. Leclerc, Groupe Crédit Agricole, Système U, Groupe BPCE et Groupe Crédit Mutuel. Des poids lourds de la grande distribution et de la banque.

Mais ce sont là des exceptions car dans les 20 premiers rangs se trouvent en réalité 12 coopératives agricoles. Ces dernières trustent au final 69 places sur 100. La grande majorité des agriculteurs sont adhérents d’une coopérative. Et la moitié de l’alimentation et des marques alimentaires en France est issue d’implantations locales appartenant aux agriculteurs eux-mêmes. Leclerc est leader dans la distribution, en particulier en ce qui concerne les prix bas (4). Le groupe talonne Carrefour, qui continue de le distancer légèrement. Une coopérative comme Intersport, de son côté, a réussi une percée à l’international en se fédérant avec d’autres groupes coopératifs européens. Ils sont devenus leader mondial et européen de la distribution d'articles de sport et l'enseigne se place désormais en seconde position dans l'Hexagone.

Autre exemple, celui d’Optic 2000 (5). L’enseigne est aujourd’hui leader sur un marché en proie à de nombreuses mutations économiques et réglementaires, en partie amenées par l’apparition de nouveaux entrants de l’optique dans le e-commerce. Ce qui n’a pas empêché Optic 2000 d’enregistrer une croissance ininterrompue depuis de nombreuses années, portée par une stratégie digitale avant-gardiste qui a permis de connecter plus de 1200 points de vente répartis sur tout le territoire. Optic 2000 a d’ailleurs été élue « Meilleure chaîne de magasins » pour la troisième fois, en octobre dernier, par une enquête réalisée par Q&A Research & Consultancy, sur la base de 9 critères : rapport qualité-prix, niveau des prix, offres promotionnelles, assortiment, innovation, service, compétence, amabilité et ambiance dans les magasins.

Autant d’exemples qui amenaient récemment Philippe Mangin, le président de Coop de France, à se féliciter de la performance croissante de l’économie coopérative. Car même en dépit, selon lui, du contexte de concurrence exacerbée que nous connaissons aujourd’hui, et de la difficulté de mobiliser des capitaux pour financer leur développement, les coopératives incarnent bel et bien l’avenir de notre modèle économique : « Ce sont les coopératives et les mutuelles qui vont prendre le relais des pouvoirs publics dans de nombreux domaines, parce que leur fonctionnement, leur modèle, impose une éthique, un sens que les citoyens, et surtout les jeunes, recherchent. »
 
  1. Selon le bilan de l’emploi 2015 publié par Recherche et solidarité en juin 2016.
  2.  Selon chiffres du gouvernement et Insee, 2010
  3. ( www.sommetinter.coop)
  4. UFC Que Choisir, septembre 2013, Etude sur les hypermarchés et drives en France
  5. https://www.franchise-magazine.com/actualite/breves/optic-2000-fait-mieux-que-le-marche-9928.html